Le futur de la biodiversité est susceptible de subir de profonds bouleversements à la suite des changements globaux induits par l’Homme, d’où la nécessité d’évaluer les réponses potentielles des espèces aux changements globaux. Cette réponse peut être évaluée par l’utilisation des modèles de prédiction de répartition, offrant ainsi une opportunité intéressante d’utilisation des données de type « présence seulement » des bases de données biodiversité. Deux possibilités très pertinentes pour la conservation sont d’une part l’application à des espèces menacées pour prédire les menaces additionnelles des changements à venir, et d’autre part à des espèces invasives pour prédire les risques d’invasions actuels et futurs.

Les réponses de nombreux taxons de vertébrés et plantes aux effets des changements à venir ont été évaluées et prédites ; en revanche la plupart des groupes invertébrés ont été négligés dans les analyses de changements globaux. Pourtant, les quelques études existantes soulignent une potentielle réponse très forte. C’est pourquoi j’ai développé une application robuste des modèles de prédictions de répartition sur le taxon des araignées, et j’ai ainsi pu proposer la première évaluation des effets des changements globaux à venir sur ce taxon. J’ai développé cette application dans le cadre d’un programme de conservation français, la Stratégie de Création d’Aires Protégées terrestres (SCAP), qui vise à mettre en protection 2% du territoire métropolitain d’ici à 2020.

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Evolution de la probabilité de présence prédite de Dolomedes plantarius entre 2000 et 2080, selon le scénario A1B.

J’ai développé cette première application sur l’espèce vulnérable Dolomedes plantarius (Clerck), qui est, outre la SCAP, sujette à un programme de conservation et de translocation au Royaume-Uni. L’application des modèles prédictifs s’est révélée pertinente de par la performance élevée des modèles et la réponse importante de l’espèce aux variables environnementales sélectionnées. Les modèles ont prédit des effets négatifs significatifs des changements globaux, selon plusieurs scénarios, pour cette espèce, avec une diminution prédite de l’aire potentielle de répartition, et une réponse potentielle négative des populations aux changements locaux du climat et d’utilisation des sols (Leroy et al. 2013).